SIRET, portfolio, avis, contrat, acompte — les 8 vérifications essentielles avant de payer un freelance ou auto-entrepreneur. Protégez-vous des arnaques à l'acompte.
Faire appel à un freelance ou un auto-entrepreneur est devenu courant pour les TPE, PME et particuliers : en 2025, la France comptait plus de 2,4 millions d'auto-entrepreneurs actifs selon l'INSEE, et les plateformes comme Malt ou Freelance.com enregistrent des centaines de milliers de missions chaque année. Mais vérifier un freelance avant de payer reste une étape que trop de clients négligent — parfois au prix de plusieurs milliers d'euros perdus. Ce guide vous donne les 8 vérifications essentielles pour sécuriser chaque collaboration, du premier contact au paiement final.
Le marché des freelances est globalement sain, mais il attire aussi des profils opportunistes. Les risques concrets sont multiples : non-livraison après acompte, usurpation d'identité professionnelle, portfolio fabriqué, ou tout simplement un prestataire sans couverture légale susceptible de vous laisser sans recours.
Selon une étude Malt de 2024, 12 % des entreprises françaises déclarent avoir subi une déception majeure avec un prestataire indépendant, et 4 % rapportent une perte financière directe. Les arnaques à l'acompte — où le freelance encaisse 50 à 100 % du montant puis disparaît — progressent également sur les plateformes moins régulées. Une due diligence systématique, même légère, réduit ces risques de façon drastique.
Tout auto-entrepreneur légalement déclaré possède un numéro SIRET à 14 chiffres. Avant toute mission, demandez ce numéro et vérifiez-le sur Pappers.fr ou Infogreffe — les deux sont gratuits. Vous y trouverez la date de création, l'activité déclarée (code APE), le statut actif ou radié, et l'adresse du siège.
Un numéro invalide, inexistant ou associé à une entreprise radiée est un signal d'alerte immédiat. Vérifiez aussi que l'activité déclarée correspond bien à la prestation proposée : un auto-entrepreneur immatriculé en « commerce de détail » qui vous propose du développement web mérite explication. Pour aller plus loin sur la lecture de ces registres, consultez notre guide Vérifier la fiabilité d'une entreprise gratuitement.
Le statut juridique influe sur vos protections en cas de litige. Un auto-entrepreneur (micro-entreprise) n'a pas de capital social minimum et son patrimoine personnel peut être engagé en cas de faute. Une EURL ou SASU offre une séparation patrimoine personnel/professionnel, ce qui peut indiquer une activité plus structurée.
Ce n'est pas en soi un critère de fiabilité, mais comprendre le statut vous permet d'évaluer la maturité du prestataire. Un développeur senior qui facture 800 €/jour depuis cinq ans en SASU n'est pas dans la même catégorie qu'un auto-entrepreneur fraîchement immatriculé sans antécédent vérifiable.
Le portail autoentrepreneur.urssaf.fr permet d'obtenir une attestation de vigilance confirmant que le prestataire est à jour de ses cotisations sociales. Ce document est obligatoire pour toute commande supérieure à 5 000 € HT. Pour les missions de moindre montant, demandez-le tout de même : un freelance sérieux n'aura aucune raison de refuser.
Un profil LinkedIn actif, avec un historique cohérent, des connexions réelles et des recommandations circonstanciées est un signal positif fort. Regardez la date de création du compte, la progression logique des expériences, et la qualité des recommandations : une recommandation générique en deux lignes vaut moins qu'une recommandation détaillée d'un DRH identifiable.
Méfiez-vous des profils créés récemment avec peu de connexions et des recommandations identiques dans leur formulation. Cherchez également le nom du freelance sur Google hors LinkedIn : une absence totale de traces numériques est inhabituelle pour quelqu'un qui prétend exercer depuis plusieurs années.
Un portfolio solide montre des projets variés avec contexte client, problématique, solution et résultat. Vérifiez que les sites ou projets mentionnés existent réellement, que les URLs fonctionnent, et que le style est cohérent avec les compétences annoncées. Posez des questions techniques sur un projet spécifique du portfolio : un prestataire légitime répondra avec aisance.
Attention aux portfolios constitués uniquement de mockups Dribbble ou Behance sans livrables réels, aux projets attribués à des clients vagues comme « startup confidentielle », ou à des réalisations dont la complexité ne correspond pas à l'expérience déclarée.
La recherche d'image inversée (Google Images, TinEye, ou Yandex Images) permet de vérifier qu'un visuel présenté dans le portfolio appartient bien au freelance. Des images volées sur d'autres sites, des maquettes attribuées à de faux clients, ou une photo de profil tirée d'une banque d'images sont des indicateurs de fraude. Cette vérification ne prend que deux minutes et peut éviter de payer pour un travail qui n'est pas de lui.
Sur les grandes plateformes, concentrez-vous sur les avis négatifs ou mitigés en premier. Les notes globales tendent vers le haut (biais de sélection), mais les commentaires détaillés révèlent la réalité des délais, de la communication et de la qualité. Regardez aussi le volume de missions réalisées : un profil avec 200 missions et une note de 4,6 est plus fiable qu'un profil avec 3 missions et 5 étoiles.
Vérifiez la récence des avis. Un freelance actif devrait avoir des avis récents. Une série d'avis anciens suivis d'une longue absence peut indiquer un arrêt d'activité ou des problèmes récurrents. Sur Malt, le « taux de complétion » des projets est également un indicateur pertinent.
Les faux avis se reconnaissent à plusieurs patterns : avalanche d'avis 5 étoiles déposés en quelques jours, formulations quasi-identiques entre différents commentaires, profils clients sans aucune autre activité sur la plateforme. Sur les plateformes moins régulées (certains sites généralistes ou portfolios auto-hébergés), les avis peuvent être entièrement fabriqués.
Pour les freelances hors plateforme, demandez deux ou trois références clients directes et contactez-les par email ou téléphone. Un prestataire de confiance accepte systématiquement cette demande.
Un contrat de prestation de services entre un client et un auto-entrepreneur doit couvrir au minimum : la description précise des livrables, les délais avec dates butoir, le prix et les modalités de paiement, les conditions de révision, la propriété intellectuelle des livrables, et les pénalités en cas de retard ou de non-livraison. L'absence de l'une de ces clauses crée une zone grise exploitable.
Portez une attention particulière à la clause de propriété intellectuelle : sans cession explicite, le freelance reste propriétaire de son travail même après paiement. Ce point est crucial pour les missions de création (logo, code source, texte, vidéo).
Un devis signé par les deux parties a valeur contractuelle en France. Il est suffisant pour les missions courtes et de faible montant. Pour les missions longues ou supérieures à 3 000 €, un contrat formel avec conditions générales est recommandé. Évitez les accords verbaux même avec un prestataire de confiance : en cas de litige, ce qui n'est pas écrit n'existe pas.
Conservez tous les échanges email concernant les modifications de périmètre (le fameux « scope creep »). Tout ajout de tâche en cours de mission devrait faire l'objet d'un avenant écrit ou au minimum d'une confirmation email explicite.
Incluez systématiquement une clause de remboursement de l'acompte en cas de non-livraison dans le délai convenu. Précisez le délai de carence avant mise en demeure (souvent 15 jours) et les modalités de restitution des travaux partiels. Cette clause n'est pas hostile : un bon freelance la signe sans hésiter car il n'a pas l'intention de disparaître.
L'acompte est légitime et normal : il couvre les frais initiaux du freelance et témoigne de l'engagement du client. La règle d'usage du marché est de 30 % à la commande, le solde à la livraison et validation. Pour les missions longues, un découpage en 3 tranches (30/30/40) lié à des jalons précis est préférable.
Un freelance qui réclame 70 % ou 100 % d'avance dès la signature, sans historique établi avec vous, sort des normes du marché. Cette demande peut signaler des difficultés de trésorerie — ou pire, une intention frauduleuse.
Découpez les paiements en jalons associés à des livrables concrets et vérifiables. Par exemple pour un site web : 30 % à la validation du maquettage, 40 % à la livraison du développement, 30 % après recette et mise en ligne. Ce découpage vous permet de stopper les paiements si un jalon n'est pas atteint sans perdre la totalité du budget.
Aucune raison légitime ne justifie un paiement intégral avant livraison pour une prestation de service, sauf dans des contextes très spécifiques (formation, logiciel en licence). Si le freelance insiste pour être payé en totalité avant de commencer, c'est le signal d'alerte le plus sérieux de cette liste.
Un développeur qui propose un site e-commerce complet pour 300 € en 3 jours, ou un traducteur qui offre 10 000 mots pour 20 €, ne peut pas délivrer un travail de qualité professionnelle. Ces offres attirent des clients pressés ou peu expérimentés : le résultat est soit un travail bâclé livré via un outil automatique, soit une disparition après acompte.
Benchmarkez les tarifs du marché sur Malt ou Freelance.com avant de négocier. Un prix 50 % sous le marché mérite toujours une explication convaincante.
Un prestataire professionnel ne refuse jamais un contrat écrit. Si le freelance argumente que « sa parole suffit », que les contrats « ralentissent la relation de travail », ou qu'il n'a « jamais eu de problème sans contrat », refusez la mission. Cette résistance révèle soit un amateurisme problématique, soit une intention de contourner ses obligations.
Telegram, WhatsApp, Signal, Discord — ces outils sont pratiques mais ne laissent pas de trace horodatée facilement exploitable en cas de litige juridique. Un freelance qui refuse tout échange par email professionnel ou qui n'a pas d'adresse email à son nom de domaine limite votre capacité de documentation. Pour les missions importantes, insistez sur les échanges email pour conserver un fil de correspondance formel.
En cas de non-livraison ou de prestation non conforme, la première étape est une mise en demeure par email avec accusé de lecture, puis par lettre recommandée avec accusé de réception. Donnez un délai précis (8 à 15 jours) pour régulariser la situation. Conservez toutes les preuves : contrat, échanges, captures d'écran, relevés de paiement.
Si la mise en demeure reste sans effet, vous pouvez saisir la médiation de la consommation (pour les particuliers) ou le tribunal judiciaire en procédure simplifiée jusqu'à 5 000 € (injonction de payer). Pour les montants supérieurs, un avocat spécialisé en droit commercial est recommandé. En cas de fraude avérée (fausse identité, arnaque à l'acompte), déposez une plainte pénale : l'escroquerie est punie de 5 ans d'emprisonnement et 375 000 € d'amende en France.
Pour identifier le prestataire et rassembler des éléments utiles, les agences spécialisées en investigation de notre annuaire VériSources peuvent vous accompagner dans les démarches d'identification.
Rendez-vous sur Pappers.fr et saisissez le numéro SIRET ou la raison sociale. Vous obtiendrez instantanément le statut (actif, cessé, radié), la date d'immatriculation, l'activité déclarée et l'adresse du siège. La vérification est gratuite et ne nécessite aucun compte. Vous pouvez également utiliser le site officiel annuaire-entreprises.data.gouv.fr pour une source gouvernementale directe.
En France, toute activité professionnelle régulière doit être déclarée. Un freelance sans SIRET exerce en situation irrégulière et ne peut pas légalement émettre de facture. Vous ne pourrez pas déduire ses honoraires de vos charges professionnelles. En cas de litige, l'absence de statut légal complique considérablement les recours. Seules exceptions très encadrées : les étudiants via certains statuts spécifiques, ou les portés par une coopérative d'activité.
Limitez l'acompte à 30 % maximum pour un premier contact, vérifiez le SIRET avant tout paiement, signez un contrat avec clause de remboursement en cas de non-livraison, et utilisez un virement bancaire traçable (jamais de cryptomonnaies, Lydia, ou PayPal Amis). Sur les grandes plateformes comme Malt, le paiement est sécurisé par la plateforme : le freelance n'est payé qu'à la validation du livrable.
Envoyez d'abord une mise en demeure par email et courrier recommandé à l'adresse de son siège social (visible sur Pappers). Si votre acompte dépasse 1 500 €, saisissez le tribunal judiciaire par injonction de payer. Déposez parallèlement une plainte pour escroquerie auprès de la police ou gendarmerie, en joignant contrat, justificatifs de paiement et échanges. Signalez également l'incident sur la plateforme si la mission a été sourced en ligne. Notre guide Vérifier un fournisseur avant signature détaille les étapes de recours.
Oui. En droit français, le consentement peut être exprimé par voie électronique. Un échange email dans lequel les deux parties acceptent explicitement les termes d'une mission (périmètre, prix, délais) a valeur probante devant un tribunal. Pour renforcer la valeur juridique, utilisez un outil d'e-signature comme DocuSign, Yousign ou HelloSign. Conservez tous les emails dans un dossier dédié et ne supprimez rien avant que la mission soit clôturée et payée.
Demandez directement deux ou trois noms de clients récents avec leurs coordonnées professionnelles (email ou LinkedIn). Contactez-les par un canal indépendant — pas via un lien fourni par le freelance — pour poser trois questions concrètes : respect des délais, qualité des livrables, facilité de communication. Un freelance de confiance transmet ces références sans résistance. Consultez aussi les articles liés à la vérification de prestataires B2B sur BODACC, Infogreffe et Pappers pour les entreprises structurées.
Vérifier un freelance avant de payer n'est ni de la méfiance excessive ni de la bureaucratie inutile : c'est une pratique professionnelle standard qui protège les deux parties. Voici les trois points à retenir :
Pour aller plus loin dans votre due diligence, explorez les ressources VériSources sur la vérification d'entreprises et de prestataires, ou trouvez une agence d'investigation spécialisée dans notre annuaire.
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